Interview
« Avant de penser chirurgie, il existe des solutions durables »
Rencontre avec Marie-Laure Sauthier, diététicienne-nutritionniste à Annemasse.
Dieteticienne-en-Ligne est allé à la rencontre de Marie-Laure Sauthier, diététicienne-nutritionniste spécialisée dans l’approche psycho-diététique à Annemasse. Avec son expérience de plus de 20 ans et son travail sur les comportements alimentaires, elle nous explique pourquoi la chirurgie de l’obésité ne doit pas être la première solution — et surtout quelles alternatives existent pour retrouver un équilibre durable.
« On ne commence jamais par la chirurgie. On commence par vous. »
Question : Beaucoup de personnes envisagent une chirurgie bariatrique lorsqu’elles ne savent plus quoi faire. Que leur dites-vous en premier ?
Marie-Laure Sauthier :
« La chirurgie peut être une aide, mais elle n’est jamais la première réponse. Avant d’envisager une opération, il faut comprendre votre histoire globale et alimentaire, vos émotions, votre relation à l’alimentation. La psycho-diététique permet justement de remettre du sens, d’apaiser le rapport à la nourriture et de reprendre le contrôle, sans passer par un acte invasif. »
« Comprendre pourquoi on mange est plus efficace que se restreindre. »
Question : Concrètement, en quoi l’approche psycho-diététique peut-elle éviter l’opération ?
Marie-Laure Sauthier :
« Beaucoup de personnes pensent qu’elles manquent de volonté. En réalité, ce sont les automatismes, le stress, la fatigue, les compensations émotionnelles qui dictent leurs choix alimentaires.
Mon travail est d’aller chercher le “pourquoi”, pas seulement le “quoi manger”. On apprend à reconnaître les signaux, à réduire les compulsions, à sortir du cycle restriction–craquage.
Quand ces bases sont posées, le poids évolue naturellement… parfois au point de rendre la chirurgie inutile. »
« Même pour ceux qui envisagent la chirurgie, un travail alimentaire est indispensable. »
Question : Et pour les personnes qui ont une indication médicale réelle à la chirurgie ?
Marie-Laure Sauthier :
« Un suivi nutritionnel et comportemental est fortement conseillé avant et après l’opération.
La chirurgie modifie l’estomac, pas les habitudes. Sans accompagnement, les difficultés reviennent sous d’autres formes : grignotages liquides, fringales, dépendance au sucre…
La psycho-diététique prépare le terrain : elle stabilise le comportement, réduit la culpabilité, régule la faim et la satiété.
Que l’on choisisse ou non l’opération, on progresse dans une démarche durable. »
« Il existe des alternatives efficaces avant l’opération. »
Question : Quelles sont les solutions non chirurgicales que vous proposez dans votre cabinet ?
Marie-Laure Sauthier :
*« J’accompagne le surpoids, l’obésité et les troubles du comportement alimentaire avec une méthode globale :
- travail sur les sensations alimentaires
gestion des émotions et des pulsions - restructuration du rythme alimentaire
réconciliation avec certains aliments dits “interdits” - exercice pratiques pour sortir du contrôle excessif
- techniques cognitives issues de mon travail de psycho-diététicienne
On recrée une relation beaucoup plus apaisée à la nourriture, ce qui entraîne progressivement une perte de poids durable.»*
« La téléconsultation a tout changé : les personnes sont moins en échec. »
Question : Vous proposez aussi un accompagnement en téléconsultation. Est-ce efficace pour ce type de problématiques ?
Marie-Laure Sauthier :
« Absolument. Beaucoup de personnes n’osent pas franchir la porte d’un cabinet, surtout lorsqu’il y a un long historique d’échecs alimentaires ou de prises de poids répétées.
La téléconsultation facilite la régularité, et donc les résultats. On travaille en profondeur, depuis chez soi, dans un cadre sécurisé. »
« On peut changer sans se faire opérer. Et si nécessaire, on prépare la chirurgie dans de bonnes conditions. »
Question : Que souhaitez-vous dire à ceux qui hésitent encore ?
Marie-Laure Sauthier :
« La chirurgie n’est pas un échec. Mais renoncer à comprendre ce qui vous pousse réellement à manger l’est davantage.
Mon message est simple : il existe d’autres solutions avant l’opération, et elles fonctionnent.
Et si la chirurgie devient réellement nécessaire, vous l’aborderez plus sereinement et avec des bases solides pour ne pas rechuter. »
Ce que Dieteticienne-en-Ligne retient de cet échange
La chirurgie n’est jamais la première étape
La psycho-diététique aide à réduire les compulsions, l’hyper-contrôle, la culpabilité
Le changement durable commence par la compréhension de soi
La téléconsultation permet d’avancer même à distance
Une opération, si elle a lieu, doit être préparée pour garantir l’efficacité à long terme